Décrochage scolaire : comment déconstruire des idées préconçues?

Cet article a été rédigé par Caroline Perreault, 
Conseillère d’orientation

Les discussions sur le décrochage scolaire et la persévérance scolaire ne sont pas toujours des échanges faciles. Les sujets abordés peuvent toucher différentes sphères de la vie du jeune dont il n’est pas nécessairement prêt à discuter. 

Dans le cadre de ma pratique, j’ai eu le privilège d’accompagner des jeunes à risque de décrochage scolaire et des jeunes décrocheurs. Les motifs de leur démotivation scolaire étaient des sujets sensibles. Pour éviter d’aborder les questions entourant leur décrochage, ces jeunes utilisaient des affirmations  qui avaient pour but de mettre fin à nos échanges le plus rapidement possible pour éviter certains sujets. Aujourd’hui, je vous partage donc mes astuces pour tourner ces affirmations négatives en un levier pour vos futures interventions. 

 

« Personne n’a fini son secondaire chez nous. »

 

Facteurs familiaux

 

Parmi les facteurs de persévérance scolaire, la famille a évidemment une grande influence sur la vie du jeune, et ce, du premier au dernier jour d’école. J’ai pu observer que certains de mes jeunes craignaient une forme de rejet de la part de leur famille s’ils parvenaient à compléter un niveau académique supérieur. D’autres tenaient pour acquis qu’il n’était pas nécessaire de terminer le secondaire puisque ce sujet n’avait jamais été abordé à la maison.

Comment intervenir? 
L’affirmation ci-dessus me permet d’explorer avec le jeune comment il évalue son potentiel académique par rapport à sa famille. Sur cette même lancée, il peut être intéressant d’échanger sur les discours à la maison entourant l’école et quelles sont les attentes de ses parents face à son rendement académique. Ce type de déclaration est une excellente porte qui permet d’explorer la dynamique familiale et ainsi identifier quels sont les déterminants de la persévérance scolaire qui ont un plus grand enjeu dans sa situation.  

 

« Ça fait des années que j’essaye de m’améliorer, mais j’ai toujours été poche. »

 

Facteurs personnels 

 

Les facteurs personnels ont également un grand impact sur l’abandon scolaire. Par facteurs personnels, on entend les habitudes de vie du jeune ainsi que  ses caractéristiques au plan social et cognitif. Par exemple, plusieurs jeunes disent échouer puisqu’ils ne parviennent pas à contrôler leur stress durant les examens. La maîtrise de soi est un facteur personnel qui contribue à la persévérance scolaire au même titre que l’estime de soi ou encore la motivation.  D’autres facteurs tels qu’une bonne hygiène de vie, la consommation de drogue et d’alcool, les aspirations scolaires et professionnelles contribuent à la persévérance scolaire.  

Comment intervenir? 
Lorsqu’un jeune a le sentiment d’avoir été au bout de ses ressources pour contrer ses difficultés, il peut être intéressant de revoir les moyens qu’il a déployés. C’est une occasion de lui donner le renforcement positif qu’il mérite, mais aussi de l’éduquer sur ces sujets qui lui seront utiles toute sa vie. Cette affirmation est aussi une belle occasion de remettre les choses en perspective. Est-ce que les efforts que votre jeune mentionne sont aussi concrets et nombreux qu’il le prétend? Il s’agit d’une occasion de réviser où mettre ses énergies pour abandonner ou remettre à plus tard certains combats. Cette affirmation est  utilisée comme levier de discussion. Elle pourrait permettre au jeune de faire de l’introspection face à son épreuve et de faire la rétrospective de tous les efforts qu’il a investis au cours de ses années.  

 

 « L’école, ce n’est pas fait pour moi. » 

 

Facteurs scolaires    

 

L’école a également son influence sur la persévérance scolaire des élèves. Les relations maître-élève, les pratiques pédagogiques et éducatives, les pratiques en gestion, le climat de l’école ou encore le soutien des élèves en difficulté comptent parmi les déterminants de la persévérance scolaire. Même si à première vue l’élève ne semble pas avoir de pouvoir sur ces facteurs, il demeure nécessaire d’explorer le pouvoir qu’il pourrait avoir sur certaines situations. Par exemple, si l’élève vit une situation conflictuelle avec un enseignant ou un autre étudiant, il est possible d’en discuter ensemble afin de faire diminuer ce facteur négatif. 

Comment intervenir? 
L’affirmation ci-dessus « L’école. ce n’est pas fait pour moi » pourrait laisser croire qu’elle est le fruit d’une longue analyse. Détrompez-vous. La plupart du temps, il s’agit  d’un sentiment plutôt que d’éléments spécifiques identifiés par le jeune. Pour ma part, j’aime bien l’aborder différemment en inversant les rôles avec les questions suivantes: qu’est-ce qui est fait pour toi? Qu’est-ce qui te fait croire que l’école ne te correspond pas? Il est toujours plus enrichissant d’amener le jeune à s’observer lui-même afin qu’il identifie et nomme clairement ses besoins. 

 

En terminant, il existe une multitude de manières d’aborder le décrochage scolaire et la persévérance scolaire avec vos étudiants. Il faut savoir que tout ne réside pas uniquement dans les stratégies de communication. L’accueil que vous offrez ainsi que l’intention perçue par le jeune est parfois plus significatif que l’échange lui-même. Trouvez le bon moment pour vous et vos jeunes, ayez l’énergie nécessaire pour offrir une bonne écoute et surtout démontrez à votre jeune que de parler de ses difficultés peut être une expérience positive. 

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